vendredi 18 avril 2008

Aimé Césaire - une note d'humeur

Lu sur Bakchich, une excellente note de Sébastien Fontenelle sur la mort d'Aimé Cesaire, et les nombreuses réactions publiques...

"Aimé Césaire au panthéon" - Et mon cul sur la commode !

cesaire

L’obscénité, certaines fois, met (comme tu sais) du temps à bien apparaître pour ce qu’elle est, dans notre sale époque.

D’autres fois : non.

Je me pince, quand je lis ce matin "les réactions" du régime, après le décès d’Aimé Césaire.

Les vautours volent bas, je te l’annonce - et font main basse, déjà, sur la mémoire d’un nègre dont tout soudain ils s’éprennent.

Sarkozy chante l’"esprit libre" qui a "incarné, sa vie durant, le combat pour la reconnaissance de son identité".

Fillon feule qu’il "ne craignait ni la force des images, ni leur ruptures".

Identité, rupture(s) : vois comme le défunt était sarkozyste.

Vois comme ces gens-là osent tout.

Vois les charognards qui, déjà, dépècent la dépouille de Césaire.

Les mêmes, rappelle-toi, qui invoquent aujourd’hui, comme le chef de l’Etat français, "le chagrin immense de toute la population (…) ultramarine" (sic).

Les mêmes, disais-je, voulaient, il y a trois ans, graver dans un marbre législatif "le rôle positif de la présence française outre-mer".

La saine émulation de la colonisation.

Les mêmes, rappelle-toi, veulent que cesse la repentance - et que renaisse la Fierté Blanche, car aussi bien, n’est-ce pas, "le drame de l’Afrique" n’est pas que Montagnac, "un des conquérants de l’Algérie", ait fait "couper des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes d’hommes" (1).

Aussi bien, n’est-ce pas, "le drame de l’Afrique" n’est pas que Bugeaud ait voulu faire "une grande invasion (…) qui ressemble à ce que faisaient les Francs, à ce que faisaient les Goths" (2).

Aussi bien, comme tu sais : "Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire", et "ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles".

Ainsi que l’a proclamé l’henriguainique chef de l’Etat français à Dakar.

Les mêmes, rappelle-toi, ne veulent plus que les Grands Héros de l’Occident continuent de sangloter (comme de tristes pédales) - et voudraient plutôt que l’ONU inscrive "le racisme anti-blanc au rang des crimes contre l’humanité".

Comme l’a réclamé naguère un essayiste médiatique - partisan, par ailleurs, de la fermeture des frontières à trop d’immigration.

Attends : j’ai pas fini.

Les mêmes, rappelle-toi, passent depuis des années une main caressante au(x) fondement(s) des clercs de gros niveau qui noient le chagrin de l’Homme Blanc dans la négrophobie.

Les mêmes, rappelle-toi, aiment à considérer que le crâne philosophe du sport qui a su dévoiler qu’il y avait tout de même beaucoup de Noirs dans l’équipe de France de football "fait honneur à l’intelligence française".

Les mêmes, rappelle-toi, se plaisent à convier à déjeuner, en leur élyséen palais, telle historienne, décomplexée - qui a su trouver les mots justes pour fustiger la polygamie endémique des nègres de nos possessions d’outre-périphérique.

Les mêmes, rappelle-toi, ont fermé leurs gueules, qui s’ouvrent désormais pour de vibrants hommages au "chantre de la négritude" - quand un entertaineur au petit pied a déploré que la bite des Noirs (ces gens l’ont grosse et longue) fasse en Afrique tant de ravages.

Les mêmes, rappelle-toi.

Persécutent au faciès tous ceux qui dans nos rues sont de la couleur de peau d’Aimé Césaire - et qu’aussi bien tu retrouves noyés dans la Marne, s’ils n’ont pas les papiers où se joue désormais leur vie.

Les mêmes, pour finir.

Encouragent depuis des années - au nom de leur nécessaire décomplexion.

Ne serait-ce que par leur(s) silence(s), dans le meilleur des cas.

La banalisation d’un racisme dégueulasse.

Qui réagit ?

"Personne.

Je veux dire : pas un écrivain patenté, pas un académicien, pas un prédicateur, pas un politicien, pas un croisé du droit et de la religion, pas un "défenseur de la personne humaine"" (3).

Et les voilà qui veulent mettre Césaire au Panthéon.

Maintenant qu’il est mort, n’est-ce pas : ce foutu nègre n’est plus si dangereusement subversif, qu’on ne puisse l’honorer.

Maintenant qu’il est mort, nous ferons oublier qu’il écrivit naguère : "Une civilisation qui justifie la colonisation - donc la force - est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte".

Au large, de grâce : ôtez de là vos pattes.

(1) et suivantes : "Discours sur le colonialisme", Aimé Césaire.

Posté par jerubuntu à 12:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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